L’union de la science et de la psychologie

Recherche et rédaction : Pierre Lefrançois et Léon René de Cotret le : 18 octobre 2004

Présentation

On regroupe sous le nom d’approches corps-esprit une foule de techniques et de thérapies qui mettent l’accent sur les interactions entre les pensées, les émotions, le psychisme et le corps physique. L’étude de ces interactions a donné lieu à une discipline qu’on appelle psychoneuroimmunologie.

Elle explore les liens complexes entre la conscience (psycho-), le système nerveux (neuro-) et les mécanismes de défense de l’organisme contre les agents infectieux et la division cellulaire aberrante (-immunologie). En anglais, on l’appelle couramment mindbody medicine. Il ne s’agit toutefois pas à proprement parler d’une technique médicale, mais plutôt d’un concept plus ou moins bien défini qui consiste à prendre en compte, dans le processus thérapeutique, de ce qui relève de la  » conscience «  et non seulement les aspects strictement physiques ou matériels.

Si les grands médecins, philosophes et penseurs de l’Antiquité affirmaient que l’esprit influence la santé (Mens sana in corpore sano – un esprit sain dans un corps sain- et vice versa), on n’a pu entreprendre de vérifier scientifiquement cette notion que dans la deuxième moitié du XXe siècle, avec l’apparition de spécialités comme les neurosciences. C’est alors qu’on s’est mis à étudier sérieusement l’influence que pouvaient avoir les pensées, les croyances, les émotions et les sentiments sur la mobilisation des défenses immunitaires par l’organisme.

Les diverses approches

Le domaine des approches corps-esprit n’est pas défini avec précision. Il est clair que les interventions purement physiques (chirurgie, médication, manipulations corporelles) n’en font pas partie, même si la relation personnelle entre un intervenant et son patient pourrait avoir une certaine influence sur l’issue d’un traitement. À peu près toutes les autres approches qui ont des visées thérapeutiques et qui possèdent une composante émotive ou psychologique pourraient être incluses, de l’abandon corporel à la programmation neurolinguistique en passant par l’art-thérapie et les techniques énergétiques comme le Reiki ou le toucher thérapeutique.

Toutefois, on convient généralement que les approches qui composent plus spécifiquement la psychoneuroimmunologie sont les suivantes :
– Relaxation : hypnose, auto-hypnose, sophrologie, visualisation, training autogène, biosynergie, Tai Ji Quan, Qi Gong, yoga.
– Intériorisation : méditation, réponse de relaxation, approche ECHO, prière.
– Toutes les psychothérapies et les thérapies psychocorporelles.
– Biofeedback.
– Approches psychosociales : groupes d’entraide, support social, amis, etc.

Le stress

(voir futur article « Le stress un mot issu de l’industrie métallurgique qui arrange l’industrie pharmaceutique. Quel mot utilisé pour mieux comprendre et s’en libérer ? » )
On a d’abord observé qu’un excès de stress avait manifestement une influence négative sur la santé. Des études in vitro, des essais sur des animaux et des observations sur les humains ont permis d’émettre l’hypothèse que le stress, qu’il soit de nature physiologique ou psychologique, pouvait contribuer à affaiblir ou à dérégler le système immunitaire. Bien que cette hypothèse ne soit pas encore démontrée de manière absolue, il y a suffisamment de preuves pour que, au sein de la communauté scientifique, un certain consensus se soit établi à l’effet que le stress ait une incidence significative sur le développement et l’évolution de plusieurs maladies, notamment les maladies infectieuses, les troubles rhumatismaux, l’asthme, les maladies cardiaques et le cancer.
Diverses études concluent toutefois qu’il est difficile de mesurer quel est l’impact réel de la gestion du stress face à l’incidence des maladies, à la prévention de divers troubles ou à un meilleur pronostic de survie. De plus, les mécanismes qui seraient en cause sont loin d’être bien compris.

Malgré cela, les preuves qu’il existe un lien significatif entre  » l’état intérieur  » et les maladies – entre esprit et corps – continuent de s’accumuler.

Par exemple, une étude rétrospective récente (2004) ayant porté sur 11 119 patients de 52 pays ayant souffert d’un infarctus du myocarde qu’on a comparés à 13 648 sujets semblables, mais sans problèmes cardiaques, a révélé que les risques de maladies coronariennes étaient clairement associés au taux de stress auquel les sujets avaient été soumis au cours de l’année précédente.

On a constaté que le rôle du stress dans l’incidence de ce type de maladie était beaucoup plus important que ce qu’on avait cru précédemment. Le stress, comme facteur de risque, sans être aussi grave que celui associé au tabagisme, se compare à celui causé par l’hypertension ou l’obésité abdominale.
Plusieurs chercheurs ont posé l’hypothèse que, à l’inverse, une bonne maîtrise du stress et des fonctions du psychisme pourrait avoir des effets bénéfiques sur l’immunité, ce qui constitue le fondement même de la psychoneuroimmunologie et des approches corps-esprit.

En agissant sur l’esprit, sur l’intellect ou les émotions, on pourrait influencer directement les mécanismes physiologiques qui participent à la prévention et à la guérison des maladies.

Les mécanismes d’action

De nombreuses hypothèses sont présentement à l’étude pour tenter de comprendre les relations fort complexes entre le corps et l’esprit.

La piste la plus souvent évoquée établit un lien entre  » l’état d’esprit  » et la sécrétion de diverses substances (hormones, protéines, neurotransmetteurs) qui modulent de multiples fonctions physiologiques.

On a par exemple découvert que le stress et les pensées ou les émotions négatives pouvaient stimuler la production des cytokines. Ces petites protéines très puissantes sont sécrétées par des globules blancs (qui ont pour fonction de défendre l’organisme contre les infections) et sont responsables de la régulation de la réponse immunitaire et de la communication intercellulaire.

Mais si le stress est trop intense, ou devient chronique, il peut y avoir surproduction de cytokines, ce qui contribuerait à aggraver divers processus inflammatoires associés à un grand nombre de maladies (troubles cardiovasculaires, ostéoporose, arthrite, diabète de type II, cancers, maladie d’Alzheimer, fragilité des personnes âgées, maladies des gencives et divers troubles dégénératifs).

Selon des recherches récentes, les effets positifs des approches corps-esprit sur le système immunitaire pourraient être attribuables à l’influence que la conscience (pensées, croyances, émotions, sentiments) aurait sur le système endocrinien.

Ce système comprend quatre glandes principales, thyroïde, parathyroïde, surrénale et hypophyse, qui sécrètent diverses hormones ayant une influence considérable sur l’organisme. Ce système règle, entre autres, les mécanismes de la température, de la faim et de la soif, et régularise le sommeil, l’activité sexuelle ainsi que les émotions et les activités instinctives. Le système endocrinien jouerait un rôle d’interface entre le système nerveux central et le système immunitaire. On est toutefois encore bien loin de comprendre tous les mécanismes qui régissent les approches corps-esprit.

Applications thérapeutiques

Diverses approches associées à la psychoneuroimmunologie ont donné de bons résultats pour le traitement palliatif des troubles cardiaques ou cardiovasculaires, pour soulager l’insomnie ou la douleur, notamment dans les cas d’arthrite rhumatoïde, d’arthrose, de maux de tête ou de dos, de fibromyalgie, de douleurs chroniques ou associées à des interventions chirurgicales ou à d’autres traitements médicaux, et bien sûr pour toutes les affections reliées au stress.
Elles sont également employées pour améliorer la qualité de vie des personnes aux prises avec des maladies graves, dont le cancer.

Les résultats d’une méta-analyse menée en 2002 indiquent que la prise en charge consciente de leur maladie par les sujets est associée de façon significative à une amélioration des indicateurs physiologiques de la santé, tandis que le déni de la maladie ou le fait d’adopter une attitude ne faisant pas appel à la conscience active entraîne une détérioration de l’état de santé.

Dans un essai mené en 2003 auprès de 148 sidéens, on a pu observer que les sujets qui participaient à un groupe de relaxation fondé sur une approche cognitivo-comportementale obtenaient de meilleurs résultats aux tests de qualité de vie que ceux qui participaient à un groupe de soutien conventionnel, ou que ceux qui étaient en attente pour ce type de traitement.
Les résultats d’observations menées en 2003 auprès d’un groupe de 42 sujets souffrant de troubles coronariens aigus ont révélé que les patients dont l’attitude était généralement hostile ou qui avaient été récemment exposés à des situations de stress présentaient un taux élevé de monocytes, des globules blancs mononucléaires que les chercheurs associent de plus en plus à l’instabilité de l’activité plaquettaire, laquelle est responsable de divers troubles coronariens. À l’inverse, les sujets qui se sentaient soutenus par leur entourage sur le plan émotionnel présentaient un taux moins important de monocytes. Les chercheurs croient que les sujets dont le taux de monocytes est moins élevé auraient de meilleures chances de survie, ce qui reste à démontrer.
Enfin, les auteurs d’une récente synthèse d’études (2004) évoquent la possibilité que des interventions de type psychologique puissent contribuer au traitement de l’asthme.

Stimuler les fonctions immunitaires

En ce qui a trait au renforcement général du système immunitaire, les résultats de nombreuses synthèses d’études laissent perplexe. Il semble qu’on ne puisse pas pour le moment se prononcer avec certitude. Ainsi, bien que des résultats d’essais préliminaires indiquent que certaines interventions de nature psychologique pourraient avoir des effets positifs sur l’immunité, les auteurs d’une méta-analyse portant sur plus de 85 études soulignaient, en 2001, que les données recueillies à ce jour n’apportaient que des preuves modestes de l’efficacité clinique de telles interventions sur les paramètres de l’immunité.

Dans une vaste synthèse publiée en 2002 pour laquelle on a compilé les données portant sur les thérapies non conventionnelles auxquelles on a recours à l’occasion pour lutter contre le cancer, des chercheurs australiens ont relevé six essais dont les résultats indiquent que diverses interventions d’ordre psychologique peuvent avoir un effet bénéfique sur l’immunité. Ils soulignent cependant que les preuves à cet égard sont nettement insuffisantes pour tirer des conclusions définitives et élaborer des protocoles thérapeutiques dont les effets seraient clairement prédictibles.
Pourtant, en 2002, des chercheurs américains rapportaient avoir observé une augmentation du nombre de cellules tueuses naturelles chez des patientes traitées pour le cancer du sein et auxquelles on avait proposé des séances de visualisation et d’auto-hypnose.

En 2003, les résultats d’un essai à double insu avec placebo mené auprès de 48 étudiants durant la période d’examens scolaires indiquaient que le recours à des techniques de maîtrise du stress permettait de contrer significativement l’affaiblissement de l’immunité (diminution du nombre de cellules tueuses) associé au stress en période d’examens. On avait obtenu des résultats similaires dans deux essais semblables menés précédemment de même que dans des essais menés auprès de sujets atteints d’herpès génital ou infectés par le VIH38-42.

En pratique

La recherche sur les approches corps-esprit est encore bien jeune. Même s’il ne fait plus de doute qu’elles soient  » bonnes pour la santé « , il est difficile de savoir précisément dans quelle mesure, et de connaître l’effet exact de telle approche sur tel élément spécifique de la santé. Pour choisir une approche particulière, on peut d’abord se demander si l’on veut y recourir dans un esprit de prévention ou pour faire face à un problème ponctuel précis. Pour prévenir les maladies ou promouvoir le bien-être, on pourra faire appel aux techniques qui permettent de gérer le stress comme la méditation, le yoga, le Tai Ji Quan ou le training autogène. En cas de maladie, que ce soit pour contribuer à la guérison ou pour améliorer la qualité de vie, on pourra avoir recours à des approches plus  » pointues  » comme les psychothérapies, l’auto-hypnose ou le biofeedback.

Il est intéressant de remarquer que la plupart des organismes de recherche et d’information sur le cancer suggèrent aux patients d’entreprendre – parallèlement aux traitements classiques – une démarche personnelle susceptible de mettre en oeuvre leurs ressources intérieures d’autoguérison. On peut certainement appliquer ce conseil pour n’importe quelle autre maladie, grave ou bénigne.

Mais comment choisir? Le Dr Alastair Cunningham, dans son livre Vivre avec le cancer – les chemins de la guérison suggère d’aller d’abord vers une approche qui nous intéresse et que l’on trouvera satisfaisante en soi, indépendamment du problème à régler. De cette façon, on aura plus de chances de persévérer, ce qui est fondamental, car les impacts durables de ces approches mettent généralement du temps à se manifester. Il vaut donc mieux tenter de trouver le maximum de plaisir à entreprendre une telle démarche.

Rappelons que la psychoneuroimmunologie n’est pas une technique thérapeutique en soi, mais plutôt un concept général qui englobe plusieurs approches. On les utilise pour prévenir les maladies, pour contribuer à leur guérison ou pour améliorer son bien-être – que l’on soit malade ou en santé. Dans cette optique, ces interventions sont souvent associées à un programme d’exercices physiques et à un bon régime alimentaire.

Livres, etc.

On trouve une foule de livres sur différentes techniques corps-esprit, mais moins sur le concept général de la psychoneuroimmunologie. Pour une présentation crédible de l’approche, les ouvrages des Drs Larry Dossey et Herbert Benson sont particulièrement intéressants et bien documentés. Parmi ceux-ci, mentionnons :
Benson Herbert et Casey Aggie, Mind Your Heart: A Mind/Body Approach to Stress Management, Exercise, and Nutrition for Heart Health, Simon & Schuster Trade, États-Unis, 2004.
Dossey Larry, La médecine réinventée, Vivez Soleil, France, 2002.
Cunningham Dr Alastair J, Vivre avec son cancer – les chemins de la guérison, Yva Perret Éditeur, Suisse, 1996.
Un des plus éminents spécialistes canadiens du cancer passe en revue les différentes méthodes – dont les approches corps-esprit – auxquelles les personnes atteintes peuvent faire appel, et ce qu’elles peuvent attendre de chacune d’elles. Il réussit avec brio à garder le juste milieu entre le conservatisme de la médecine occidentale moderne et le radicalisme de la pensée du nouvel âge. Pour quiconque souffre d’une maladie ou s’intéresse à la question, pas seulement pour les cancéreux.

http://www.reseauproteus.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=approches_corps_esprit_th

 

Mindfulness

Les programmes mindfulness sont issus de la rencontre de deux univers en apparence complètement opposés: celui de la tradition philosophique orientale et des pratiques de méditation boudhistes en particulier, celui de la recherche scientifique occidentale en psychologie, en particulier en neurosciences.

La mindfulness témoigne d’une redécouverte par la science de ressources culturelles ancestrales et illustre une rencontre créative entre la tradition et la modernité. C’est en cela un événement culturel majeur et révolutionnaire : science et tradition travaillent aujourd’hui main dans la main, la science étant capable de démontrer la pertinence et l’efficience de ces pratiques découvertes empiriquement et de leur redonner le crédit dont elles avaient besoin dans nos sociétés devenues si pragmatiques

La mindfulness ou pleine conscience samma-sati en pali, samyag-smriti en sanscrit, peut se traduire par attention juste. Cela désigne la conscience vigilante par opposition à l’état de conscience en pilotage automatique, sans conscience comme lorsque nous conduisons, faisons la cuisine etc…

Ce dernier est un état de conscience très développé, parfois très représenté chez certaines personnes comme celles anxieuses qui parlent pour combler le vide sans aucune conscience de ce qu’elles sont en train de dire.

« La pleine conscience est un état de conscience naturel que nous pouvons apprendre à développer notamment par des exercices de méditation qui demandent de porter son attention intentionnellement au moment présent sans jugement sur l’expérience qui se déploie moment après moment »

comme l’a définit Jon Kabat-Zinn en 2003.

Avant-propos